Une nouvelle donne pour les écoles de commerce

La modernisation de l’enseignement supérieur en marche depuis quelques années et rendue incontournable par la mondialisation laisse apparaître le nouveau visage de nos universités et grandes écoles. Le premier pas semble franchi. Le Grand emprunt a doté l’enseignement supérieur et la recherche de moyens financiers importants et permis l’émergence de pôles universitaires visibles et attractifs à l’échelle internationale.

8 grands pôles ont vu le jour récemment : les IDEX (campus d’excellence).

Le choix des business-schools : croître ou disparaître

Majoritairement absentes des IDEX et confrontées à des problèmes de recrutement, de budget et d’image, les écoles de commerce sont contraintes d’évoluer. La concurrence est rude, différentes stratégies sont possibles visant notamment à faire cohabiter prestige et rentabilité.
Conserver son identité, maintenir le lien entre l’étudiant et l’institution, tenir compte des attentes individuelles, s’adapter à la demande des entreprises partenaires, qui sont les grands principes des écoles de commerce et qui les différencient de l’université, d’un côté ; faire face à la crise économique et à la diminution des ressources, augmenter ses effectifs tant au niveau du corps professoral que des étudiants, favoriser la recherche, augmenter sa visibilité et obtenir la reconnaissance à l’international, d’autre part, sans parler du projet pédagogique et des frais de scolarité, l’équation n’est pas simple.

A la recherche d’un nouveau modèle économique

Pour répondre à ces contraintes, les alliances et rapprochements ouvrent de nouvelles opportunités. La fusion est dans l’air du temps. Son objectif est évident : atteindre la taille critique, développer les synergies, mettre en commun les ressources, mutualiser les dépenses, faire des économies, gagner en visibilité et en notoriété, figurer en bonne place dans les classements internationaux.

Lorsque l’on regarde les passages à l’acte chez les business schools françaises, le résultat n’est pas toujours celui espéré. L’aventure se termine plus ou moins bien, d’où la nécessité de bien réfléchir à la stratégie à mettre en place et de bien peser les risques inhérents à ce genre d’opérations car on le sait, le fait d’augmenter en taille n’induit pas automatiquement l’accroissement des performances. La course à la taille n’est pas un objectif en soi : elle doit être intégrée à un projet clairement défini, les gains de compétitivité restent le principal enjeu. Cependant, on ne peut échapper à cette réflexion : nombreuses sont les structures qui semblent trop petites pour supporter les contraintes auxquelles elles font faces aujourd’hui.

Quelques exemples de rapprochements

De nombreux projets sont actuellement à l’étude soulignant ainsi la volonté des écoles de commerce de tenter l’aventure.

Une fusion réussie (2009): Skema Business School (Ceram Business School + Groupe ESC Lille).

  • Implantée sur 3 sites : Lille, Sophia-Antipolis, Paris La Villette,
  • Nouvelle structure, nouvelle gouvernance,
  • Elle propose un cursus grande école sur 3 ans identique sur les 3 sites et 6 projets pédagogiques transdisciplinaires,
  • Elle a gardé les spécificités des 2 écoles en offrant une grande variété de spécialisations et de double-compétences et, parallèlement, en permettant l’obtention d’un diplôme universitaire,
  • Elle a également laissé une large place à l’apprentissage et fusionné ses réseaux d’anciens (20 000 diplômés).

 

Des fusions en cours (2013) :

Euromed Management à Marseille et BEM Bordeaux.

  • Toutes deux bénéficient d’effectifs et de moyens importants, d’accréditations internationales de référence.
  • Elles constitueront alors une seule entité juridique et mettront en commun leurs activités et leurs ressources.

Reims Management School et Rouen Business School.

  • La filiale parisienne qui regroupe leur formation continue est un succès.
  • Les autres cursus devraient suivre sous peu afin de faire aboutir la fusion.

Une fusion en projet : France Business School.

  • Un projet d’envergure regroupant 6 institutions : l’Escm et les ESC d’Amiens, Brest, Clermont, Pau et Troyes (liste non définitive).
  • Un projet controversé par certains étudiants qui craignent de voir leur diplôme « dévalorisé ».

Une fusion enterrée : rapprochement d’Euromed et de l’ESC Toulouse.

Un contexte propice aux fusions : le rapprochement des Chambres de Commerce et d’Industrie (CCI) :

Des rapprochements qui pourraient avoir un impact sur les 3 parisiennes ? En application de la loi de régionalisation des CCI, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Versailles (CCIV) et la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris (CCIP) ont commencé à se rapprocher. Visant à intégrer toutes les CCI franciliennes à la Chambre régionale de Commerce et d’Industrie Paris-Ile-de-France, ce changement créera un réseau consulaire plus efficace en mutualisant les dépenses et les ressources.

La fusion, un mal nécessaire

Les établissements sont confrontés à une augmentation de leurs dépenses. Pour y faire face, elles ne peuvent augmenter en proportion leurs effectifs et les frais de scolarité, ces derniers subissant depuis quelques années une hausse relativement importante. Faire des économies n’est donc plus un vœu pieu mais une nécessité. La fusion va leur permettre de mutualiser les moyens notamment dans certains domaines comme la communication, le recrutement, l’offre de formation, les relations internationales…. Mais elle coûte cher également en termes de temps, de mobilisation des équipes, de mise en commun de services et de coordination de l’ensemble. D’autant qu’il ne faut pas perdre de vue qu’elle doit avant tout se faire au bénéfice des élèves et correspondre aux attentes des entreprises.
Certes, le risque est bien présent, mais le jeu en vaut la chandelle et l’initiative peut être payante. C’est certainement la raison principale du bouleversement actuel.


Les clés de la réussite

Le succès dépend en partie d’un certain nombre de facteurs et notamment :
- une alliance équilibrée et efficace, sachant que l’adage « qui se ressemble s’assemble » n’est pas
toujours vérifié, de même « les contraires s’attirent »…,
- une vision stratégique qui ne doit pas être uniquement financière,
- de bons managers aptes à relever les défis et qui sauront intégrer la dimension humaine,
- une évaluation fine des coûts engendrés dès le départ,
- une parfaite maîtrise de la communication tant interne qu’externe,
- un projet pédagogique, voire un projet d’entreprise,
- une politique de développement….

 

Le mouvement s’accélère et le choix se restreint ; la route est encore longue et semée d’embûches pour les écoles qui n’ont pas encore pris le virage. La fusion n’est pas sans risque ; on indique un taux d’échec élevé, entre 60 et 75% selon les sources. Mais certaines fusions réussissent plutôt bien. Les projets se multiplient, beaucoup d’annonces sont faites. La redistribution des cartes en cours va certainement transformer significativement le visage de nos grandes écoles.

Conclusion

Si les rapprochements sont dans l’air du temps, deux types de fusions mériteraient d’être étudiés plus avant même si elles ne sont pas sans poser de problèmes techniques et juridiques :

  • Une fusion entre une école de commerce et une école d’ingénieur,

  • Une fusion entre des écoles de commerce présentes dans différents pays au niveau européen.

Les modèles économiques et la gouvernance de ces écoles sont sans doute différents, mais leurs enjeux sont les mêmes. Il est certain que la grande école de commerce qui la première réussira une fusion de ce type prendra une longueur sur ces concurrents. Souhaitons que l’ESSEC soit la première capable de faire aboutir un projet de cette nature !



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Un commentaire pour “Une nouvelle donne pour les écoles de commerce

    • mask

      Votre article donne à penser que le sujet porte plus sur des entreprises (croitre ou disparaître, clé de la réussite, fusion….) qu’une école sensée transmettre des connaissances, développer la personne, l’esprit critique, former des hommes, des femmes capables de discernement, de jugement juste, de prise de décision pertinente, de vision stratégique cohérente et en avance sur son temps, de management par le talent, etc.

      Vu la crise économique, de société et politique que vit la France depuis une dizaine d’années… je suis obligée d’être très sceptique par rapport à la capacité de ces « grandes » écoles : HEC, ENA,…. de former des décideurs dignes de ce nom. Ou alors, toutes ces personnes de qualité ont quitté la France !
      +16% de Français en Australie par rapport à l’an dernier…